L'apparition de la 203 marqua en 1949
la renaissance de la maison Peugeot et, très vite, ce modèle
qui valait au début 1950 la modique somme de 490 000 francs, remporta
un tel succès que ses délais de livraison atteignirent près
de deux ans !
Aujourd'hui, la 203 ne connaît sans doute pas la même vogue
"historique" que la 4 CV ou la 11 BL... Ce relatif mépris est
foncièrement injuste car, sans atteindre au degré
révolutionnaire de la DS en 1955, ce modèle qui succédait
à la fois à la 202 et à la 302 annonçait de
façon extrêmement précise la voiture moderne qui, vingt
ans durant, allait être déclinée sous les formes les
plus diverses.
La plus moderne des
années 50
En fait, tout le monde - sans doute à l'exception de ses créateurs
- manquait d'expérience pour apprécier à sa juste valeur
ce quatre cylindres en ligne dont la robustesse était telle que, partant
de 44 ch à 4 000 tr/mn pour 1 290 cm3, certains préparateurs
adroits -dont Constantin qui jouait du compresseur volumétrique comme
d'un stradivarius- montaient allègrement jusqu'à une centaine
de chevaux, cela en usage quotidien et sans problèmes particuliers
de fiabilité !
La culasse à chambres hémisphériques et à soupapes
inclinées ainsi que la boîte quatre vitesses à 4ème
surmultipliée étaient de grandes nouveautés dans le
domaine de la série, à l'inverse cependant du pont arrière
rigide -étant donné le manque d'expérience des
ingénieurs de l'époque dans le domaine des roues arrière
indépendantes, le pont traditionnel représentait pourtant la
solution la plus sûre - qui était pourvu d'un système
à vis sans fin dont les exigences en matière de graissage
étaient assez particulières.
Pour avoir versé n'importe quelle huile de pont au moment d'une vidange,
un certain nombre de propriétaires de 203 fabriquèrent, sous
l'influence des fortes pressions infligées aux surfaces en contact
une sorte de gomme qui garantissait à coup sûr le
grippage...
Ainsi, la rumeur grandit de la fragilité du pont de la 203, dans un
monde où mécaniciens autant qu'automobilistes étaient
peu soucieux de sélectionner un équipement quelconque (la guerre
avait à appris se contenter de n'importe quoi), pas plus d'huile de
boîte que des bougies d'un degré thermique thermique
déterminé, dans ce cas au grand dam des têtes de piston
des petites Panhard !...
La 4ème surmultipliée constitua également un grand sujet
de discussion. Les conducteurs étaient alors habitués aux
boîtes trois vitesses, souvent sans prise directe, comme sur la 11.
Le frein moteur était presque toujours important alors que sur la
203, lorsqu'on levait le pied, la voiture ne ralentissait absolument pas
!
Horreur et profanation, il n'en fallait pas plus pour qu'on parle de danger,
voire de pont trop long, au point que je connais au moins un conducteur de
203 qui, justement inquiet, se glissa sous sa voiture afin de vérifier
en quoi son pont était trop long et où il pouvait bien
dépasser !
Le levier disposé sous le volant
était lui aussi une nouveauté et celui de la 203 présentait
une grille totalement inusitée, avec la première
décalée en bas vers le conducteur et la 4ème repoussée
en haut, en poussant vers le pare-brise.
La première était très courte, non synchronisée
et l'ensemble était suffisamment nouveau pour déconcerter un
grand nombre de conducteurs venant tout droit des 30 ch de la petite 202
née avant guerre et qui se construisit jusqu'en 1948.
C'est dans le numéro 4 de l'Auto-Journal, en date du 15 avril 1950,
qu'était publiéle banc d'essai de la 203. Peugeot avait
repoussé avec un mépris souverain une demande de prêt
d'une voiture et l'essai avait eu lieu au volant d'une voiture appartenant
à un lecteur. On ressortit de l'expérience plutôt
enthousiasmé par l'homogénéité du produit qui
fleurait bon non seulement le sérieux mais aussi la performance. La
vitesse de pointe atteignait 116 km/h, en partie grâce un bon Cx -mais,
à l'époque, les conversations n'abordaient pas des sujets aussi
scabreux- puisque, à la même époque, la 11 BL et son
1 911 cm3 de 56 ch à 4 00 tr/mn ne dépassait pas 119 km/h !
En accélération le 0/100 km/h était couvert en 32 s
2/10émes et la consommation mesurée durant l'essai routier
était de 8,5 litres/100 km.
Direction précise, tenue de route
très honnête mais tendance au survirage à grande vitesse,
bons freins, la 203 était capable de satisfaire à peu près
tous les goûts avec, de surcroît, une fiabilité dont aucune
autre voiture de l'époque, les TA Citroën exceptées, ne
pouvait se prévaloir. Etudiée durant l'Occupation par un embryon
de bureau d'études manifestement inspiré, au moins sous l'angle
esthétique, par la Lincoln Zephir, la 203 surgissait dans une
catégorie où aucune autre voiture vraiment moderne n'existait,
les Prima Renault ayant disparu et Simca se contentant de fabriquer une
sympathique 8-1200 qui, en réalité, n'était qu'une Fiat
1 100 d'avant-guerre adroitement modernisée, cela avant de lancer
une Simca 9 Aronde qui devait devenir la grande rivale de la 203.
Aux côtés de la berline à toit ouvrant en série,
on compta bientôt une découvrable, une familiale (dont un grand
nombre d'exemplaires roulent encore aujourd'hui, en Algérie) puis
un coupé et un cabriolet qui sont devenus de véritables objets
de collection.
Mais, tout comme la 4 CV et la Dyna, la 203 attira rapidement l'attention
des préparateurs dont la clientèle se recrutait beaucoup plus
qu'aujourd'hui parmi les nombreux automobilistes simplement soucieux de
goûter à une vitesse qui n'était pas encore
considérée comme un crime ! Je me souviens avec beaucoup
d'émotion de ma voiture personnelle, qui était propulsée
par un 1 500 suralésé et à compresseur, préparée
par Constantin et qui accrochait gaillardement 160 chrono, au grand
étonnement des 1 900 Alfa de l'époque.
La carrosserie avait été surbaissée de 7 cm en inversant
le ressort à lames transversal de l'avant et en coupant les
hélicoi'daux de l'arrière. Une barre stabilisatrice avant et
deux amortisseurs à friction supplémentaires à
l'arrière (des Rax Tribloc) amélioraient la tenue de route
tandis que des roues fil aidaient au refroidissement des
tambours...
Le fils du concessionaire Peugeot
d'Alès, Paulo Guiraud, acquit bientôt une renommée
internationale en rallye ainsi que dans les 1 000 Miles, dont il gagna je
crois la catégorie 1 500 cm3 à près de 110 km/h de moyenne,
soit tout près de la vitesse de pointe de la voiture de série.
En dessous de 4 000 tr/mn, la voiture de Paulo n'était qu'un infâme
concert de crachotis mais, au dessus, c'était la grande envolée
!...
Au reste, le moteur de la 203 servit ensuite à propulser des années
durant la 403 et un peu la 404 elle-même, se situant de la sorte parmi
les meilleures réalisations dans le genre ! |